Madagascar : la chasse aux militants, défenseurs des droits humains s’intensifie

Article : Madagascar : la chasse aux militants, défenseurs des droits humains s’intensifie
Crédit: Clarel Faniry Rasoanaivo / Reuters
21 décembre 2024

Madagascar : la chasse aux militants, défenseurs des droits humains s’intensifie

Crédit : Clarel Faniry Rasoanaivo / Reuters

Dans un monde parfait, les défenseurs des droits humains n’existent pas. À Madagascar, ils sont beaucoup, plus d’une centaine, et sont persécutés pour ce qu’ils font et pour ce qu’ils ne font pas. Menaces et intimidations, atteintes à l’intégrité physique, arrestations arbitraires, emprisonnements, voire règlements de comptes, toute une panoplie de méthodes pour faire taire une seule voix : celle de la justice.

Qui a dit que la vérité ne meurt jamais ? Lorsqu’un lanceur d’alerte ou un défenseur des droits humains se lève le matin, il garde en tête l’idée qu’il a un pied dans la tombe et un autre dans la société. Chaque aube qui vient peut bien être la dernière et elle n’est jamais à l’abri d’une fausse accusation qui mènera la plupart du temps à une arrestation.

Tsiazonaly frôle la prison

Cette journée du 27 août 2024, Tsiazonaly Solonarivo Léon, un défenseur des droits humains et Coordonnateur de l’Observatoire National des Droits Humains (ONDH) dans la région sud-est de Madagascar, s’en souviendra longtemps. Alors qu’il surveillait une foule de manifestants opposés à l’ouverture de la Base Tuléar (projet controversé d’exploitation minière dans la province de Tuléar qui divise la population), des forces de l’ordre l’ont empoigné soudainement et l’ont trainé violemment dans un pick-up avant de l’emmener au poste.

Après un long interrogatoire échoué visant à lui faire avouer l’orchestration d’une tentative de soulèvement contre les autorités, la raison de l’arrestation devient par magie une « manifestation non-autorisée par la Préfecture ». L’activiste affirme pourtant ne pas être à l’origine de la manifestation, et ajoute qu’il était venu surveiller la foule pour éviter les débordements. Heureusement pour lui, la communauté des défenseurs des droits humains à Madagascar et la société civile se sont mobilisés massivement pour le faire libérer.

Jeune engagé dans la défense des droits humains (Traduit du malgache)
Crédit : Aryella

Assassinat d’un défenseur de l’environnement à Moramanga

Le 1er juin 2022, Henri Rakotoarisoa, un militant de la protection de l’environnement, âgé de 70 ans, est sauvagement assassiné par des villageois impliqués dans le trafic de bois. Ce Président de la collectivité locale Mialo dénonçait, depuis deux ans, un trafic de bois précieux sur une parcelle de forêt primaire. Les trente-sept personnes auteurs de l’infraction se sont rendus à la gendarmerie locale quelques heures après le meurtre.

Henri Rakotoarisoa était l’un de ces gêneurs qui luttent contre l’exploitation illicite des forêts primaires. Ce jour-là, il était venu discuter avec les villageois et c’est d’une horrible mort qu’ils l’ont accueilli.

« Réveille-toi, Tamatave »

Mickaelys Kamy Ndriamahazo, un défenseur des droits humains s’est retrouvé convoqué par la section de recherches criminelles de la gendarmerie de Toamasina après avoir prononcé cette fameuse phrase : « Réveille-toi, Tamatave. » Son objectif était d’alerter la population locale sur les conséquences catastrophiques des délestages chroniques de la Jirama (entreprise publique d’électricité et d’eau) survenant depuis des années dans la ville portuaire et sur tout le territoire malgache.

Son arrestation prouve la gravité de la situation. L’État l’a inculpé pour « manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves, à provoquer la haine du Gouvernement malgache, à enfreindre les lois du pays ». À croire que le réveil de la population par à rapport à une situation de violation des droits humains représente une menace pour le pouvoir politique malgache.

Crédit : Aryella

Ils sont la menace, ils sont menacés

Les cas de ces trois activistes confirment une triste réalité : les militants et les lanceurs d’alerte ne bénéficient d’aucune protection légale dans l’exercice de leur mission. Pire, les crimes commis à leur égard restent souvent impunis. Le comble, c’est qu’ils sont à la fois perçus comme ennemis de l’État et ennemis de la population. Pourtant, une paix effective nécessite la protection de ceux qui se battent pour la réaliser car violent est l’ennemi, pacifique sont les militants. Jusqu’à présent, aucune loi ne garantit leur sécurité et ils sont pour la plupart obligés de se terrer pour protéger leurs proches et familles.

Le plaidoyer pour l’adoption de la loi protégeant les défenseurs des droits humains continue depuis quelques années sans grande avancée. Le Parlement malgache aurait-il intérêt à ne pas valider cette loi qui permettrait aux militants de démasquer en toute sécurité les gros poissons de la corruption, des trafics et de la violation des droits humains ?

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