8 mars et droits des femmes : célébrer c’est bien, appliquer c’est mieux
La journée internationale des droits de la femme a été officialisée en 1977 par les Nations Unies. Depuis, plusieurs textes internationaux ont vu le jour et de nombreux pays ont fait des bonds de géant concernant les droits des femmes. Pendant ce temps, les Malgaches organisent des concours de cuisine…

À Madagascar, c’est devenu une coutume de célébrer chaque année la journée internationale des droits des femmes. Les organisations nationales et internationales en compagnie des associations de femmes défilent dans les rues avec des pancartes et des banderoles. L’Etat met en avant ses figures féminines représentantes de son Administration et organise un festival à l’honneur de la femme malgache. Durant la semaine de célébration, chacun porte une attention particulière à la féminité, et des sommes faramineuses sont engagées afin de montrer que pour les droits des femmes, l’on ne lésine pas sur les moyens. Mais après, quand vient le 9 mars – le jour suivant, qu’est-ce qui change ?
Les étapes franchies en matière de droits des femmes à Madagascar
Les droits des femmes sont des droits de l’Homme. Madagascar l’a bien compris et a mené de nombreuses actions en faveur de ce groupe vulnérable. La plus prodigieuse est peut-être la ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979. Un engagement à applaudir puisque cela exhibe au monde entier la bonne volonté des dirigeants malgaches à prendre toutes les mesures appropriées à l’élimination des discriminations à l’égard des femmes et qu’implicitement, ils affirment devant terre et ciel que dorénavant, il y aura autant d’hommes que de femmes dans tous les secteurs liés au développement.

Une garantie appuyée par l’adoption de la Déclaration et du programme d’Action de Beijing en 2015 et la mise en place de la Politique Nationale de la Promotion de la Femme (PNPF), adoptée en 2000 et arrivée à terme en 2015, mais aussi par certaines réformes comme la révision du texte relatif au mariage par l’uniformisation de l’âge matrimonial aux deux sexes en 2007.
D’ailleurs, le Plan d’Émergence de Madagascar a mis en exergue dans son Velirano n°8 le courage du gouvernement Malgache à mener une bataille féroce pour l’égalité hommes/femmes avec le titre « Nos femmes et nos jeunes pour l’avenir ». Bref, vous l’aurez compris, entre 2000 et 2024, les avancées en matière de droits de la femme ont été majoritairement des réformes juridiques et des promesses politiques.

À Madagascar, est-ce suffisant ?
Et maintenant la question à 100 piasses : qu’est-ce qui a changé ?
Au-delà des belles photos de femmes dansant sur un podium qui inondent les réseaux sociaux et les concours de « Laquelle cuisine le mieux ? » (Jardin d’Anosy – 2023) avec des ustensiles de cuisine en guise de lots pour la gagnante, pas grand-chose n’a changé.
Aucune évolution. « L’inégalité des sexes persistent » selon l’UNFPA avec 41% de femmes ayant été en couple affirmant avoir subi au moins une forme de violences et 38% mariées avant d’atteindre leurs 18 ans d’après la Banque Mondiale. Et ce n’est pas tout, les données récentes de Transparency International – MG montrent qu’il y a de moins en moins de femmes élues aux élections législatives et celles qui y arrivent (16% de femmes députés) dépensent trois fois plus d’argent que les hommes. Un contexte politique cruel et injuste.
Mais même dans les autres secteurs, la situation n’est toujours pas acceptable. La Banque Mondiale affirme que seulement 24% des femmes actives ont un accès à des emplois de meilleures qualités, avec des accès limités, contre 35% des hommes actifs. Nous sommes encore très loin du rêve imposé par le Velirano n°8.

Crédit photo : Transparency International – TI.MG
Petite anecdote : Madagascar se distingue sur le continent africain en étant le plus impitoyable sur le cadre légal concernant l’IVG et l’ITG. Le Code pénal malagasy « condamne l’avortement sous toutes ses formes et prévoit des sanctions lourdes pour les femmes qui mettraient fin volontairement à leur grossesse ainsi que pour toutes les personnes qui les auraient aidées ». On enseigne partout que chacun a le droit de disposer de son corps, tandis que le taux des viols ne cesse d’augmenter à Magadascar.
Une question d’éducation avant tout
Ces chiffres parlent d’elles-mêmes. Malgré la mise en œuvre de certains projets comme MAHASAKY (promotion de participation civique et politique des jeunes et femmes pour le renforcement du système démocratique et la consolidation de la paix à Madagascar – mis en œuvre par l’UNFPA, le PNUD, et l’EISA, et financé par le Fonds pour la Consolidation de la Paix), la situation peine à évoluer parce que le plus grand défi actuel est lié à la mentalité de la population.

Crédit : Aryella Aradrariny
Nos coutumes ont toujours placardé la femme dans la cuisine et la vaisselle. Elles-mêmes refusent parfois d’en sortir parce qu’une femme qui parle fait honte à son mari. C’est l’un des problèmes nourries par la pauvreté. L’on ne rêve pas de choses dont on n’a pas conscience et l’on ne se libère pas d’une chaîne qui nous est invisible.
Alors, lorsqu’un festival expose le savoir-faire féminin avec des paniers et des marmites à l’affiche, le combat est loin d’être gagné. Combien de femmes malgaches ont reçu des ustensiles de cuisine pendant la célébration du 8 mars et combien ont reçu des livres ? Combien ont été formé à parler anglais et combien dansent dans les rues en agitant fortement leurs derrières ? Pire, certains concours privés dégradent même la femme pendant cette journée de rappel de ses droits comme le tout récent concours de « Qui a la plus grosse boule ? », source de polémique sur Facebook. Réduire la femme à des fesses et des seins est une insulte directe aux combats menés par les vraies féministes.
Un appel à appliquer

Alors, il faudrait peut-être remettre les choses dans le bon contexte, la ratification d’un texte et la mise en place de lois impliquent leur mise en œuvre, et le 8 mars ne devrait techniquement pas être une célébration mais un appel à l’action puisque les choses à célébrer ne sont même pas encore effectives. Bien-sûr, on célèbre le 8 mars pour ne pas oublier que les femmes ont droits aux mêmes traitements et que les hommes le combat continu, mais le meilleur rappel n’est-il pas l’action quotidienne ?